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« La gauche la plus bête du monde ? Hollande président ?…. 10 bonnes raisons pour dire bof !

12:18 dans Non classé par Modérateur

1 – Ma première raison, la principale, une raison qui en vaut 10 à elle seule, c’est bien que c’est Bayrou que je veux voir gagner l’Elysée. Et comme il n’y a pas la place pour 2 !

Ca, c’est la base !

Donc, si on fait l’hypothèse, malheureusement pas complètement improbable que Bayrou ne soit pas au second tour, mon choix entre les 2 candidats du second tour, ne peut être qu’un choix par défaut et comme le dit fort justement l’Hérétique « un candidat par défaut, ce n’est pas un bon candidat » !

Au second tour, je choisirai donc par défaut, le candidat dont le solde des colonnes débit et crédit est le plus positif ou le moins négatif.

Répondre à la question revient donc à lister les 9 premières lignes de la colonne débit de François Hollande ?

Alors allons-y :

2 – Son passé
« le point faible de François Hollande, c’est l’inaction. Est-ce que les Français peuvent citer une seule chose qu’il aurait réalisée en 30 ans de vie politique » (Ségolène dans Le Figaro du 8 septembre 2011)

Il n’y a en effet, pas grand-chose dans le passé de François Hollande qui permette de considérer qu’il fera un bon président de la république française. Il n’a jamais assumé de responsabilités de haut niveau dans la vie publique, et l’essentiel de ce qui ressort de son CV c’est son poste de Secrétaire Général du PS. Or, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’épisode ne fut pas des plus glorieux. Certes, cornaquer un troupeau d’éléphants égocentriques en perpétuelle concurrence et qui n’en font qu’à leur tête est une tache particulièrement délicate, mais François Hollande n’a fait que laisser le PS dans l’état peu brillant ou il l’avait trouvé plus de 10 ans auparavant. L’épisode navrant du référendum de 2005 en est un exemple frappant.

En bref, sauf à considérer que supporter Ségolène Royal pendant tant d’année constitue un exploit en soi, rien dans son passé ne laisse supposer qu’il a les qualités requises pour gouverner la France.

3 – Les incertitudes sur son caractère
Il se dit que l’homme est intelligent, drôle et très agréable, pour autant cela suffit-il pour endosser avec succès les habits d’un chef d’Etat ?…la réponse est dans la question, non !
Si on en croit ses « petits copains » du PS, Flanby, Monsieur petites blagues ou fraise des bois, n’a clairement pas la carrure pour assumer une telle responsabilité.
Pour le moment, et le dernier épisode des tractations avec les Verts semble le confirmer, il semble plus être un homme de consensus qu’un homme de décision et de fermeté. Or, autant la recherche du consensus est louable (ce que manifestement n’a pas compris Sarkozy) autant le consensus à tout prix, au risque qu’il se fasse sur le plus petit dénominateur commun, peut être un frein important au changement. Or, des réformes, souvent difficiles, devront être décidées pour permettre à la France de sortir de la difficile situation économique dans laquelle elle se trouve. L’expérience montre que dans ces situations, il faut savoir trancher avec fermeté, saura t’il le faire, pour le moment j’en doute !

4 – Ses partenaires politiques
Ce troisième point rejoint le second. On le sait depuis longtemps, la primaire l’a encore démontré, au sein du PS des courants porteurs d’idéologies très différentes se côtoient. Si on y ajoute les Verts et pourquoi pas le Front de Gauche qui aura monnayé son désistement au prix fort, Hollande devra concilier une multitude de points de vue souvent beaucoup plus à gauche que lui. Compte tenu de ce que j’ai exposé au point 2, le risque est clairement qu’il cède sur des points importants à des gens avec lesquels je suis en profond désaccord (Hamon, Montebourg, Mélenchon, les Verts…).

5 – Il ne sera pas nécessairement soutenu par sa propre majorité
Ce point est le corolaire des précédents.
On sait la manière dont il est considéré par les autres éléphants roses, on connait la rigidité des Verts qui une fois qu’ils auront eu leur groupe à l’Assemblée, ne lui feront pas de cadeaux et ne parlons pas du Front de Gauche dont le représentant passe plus de temps à agresser Hollande que Sarkozy.
Je suis persuadé que si Hollande a été choisi lors de la primaire, ce n’est pas dans un grand élan d’adhésion à l’homme et à ses idées, (il n’y a rien dit d’intéressant), non, c’est simplement et uniquement parce que les sondages le donnaient le plus largement gagnant face à Sarkozy.
Si à cet isolement on ajoute les incertitudes sur sa capacité à s’imposer et l’impatience d’une grande partie de la Gauche d’imposer ses idées anticapitalistes, anti-riches et anti-entreprises, la gouvernance de Hollande risque d’être pour le moins difficile.

6 – Son projet
L’appellation projet est un peu présomptueuse dans le cas de Hollande mais il faut avouer qu’il annoncé qu’il le dévoilerait qu’en Janvier 2012. Pour autant, le bonhomme a bien été obligé de dévoiler quelques idées phares ne serait-ce que pour la primaire. Et là, il faut bien le dire, rien de fameux !…entre les 60 000 postes dans l’Education Nationale, faire payer les riches, le protectionnisme ou le contrat génération dont Aubry elle-même s’est demandé comment il allait le financer (8 milliards d’euros en allégement de charges avec tous les effets d’aubaine lié à ce genre de bidule), on ne peut pas dire qu’il y ait de quoi s’enthousiasmer !
Or, la situation dans laquelle se trouve la France ne donne aucun droit à l’erreur. Ce n’est pas après avoir plombé les comptes de la France par des dépenses supplémentaires qu’il faudra se demander comment on va les financer. Et si l’idée très socialiste est de ponctionner les riches jusqu’à la moelle pour résorber le déficit, rapidement on n’en sera plus à vainement tenter de sauvegarder le triple A mais à espérer qu’on ne nous dégrade pas notre BB- .

7 – Ses non dits, ses flous
Le point 6 est le pendant du précédent.
Il faut reconnaitre à Hollande le mérite d’avoir clairement annoncé qu’il réduirait les déficits mais par contre, rien sur la manière de procéder. Il faut dire qu’annoncer de la rigueur alors qu’on a accusé le gouvernement d’étrangler les français sous prétexte qu’il a décidé de ponctionner 2 centimes sur chaque canette de COCA et qu’il a relevé la TVA sur la restauration d’1 point et demi, ça la fout mal !…du coup, le flou total !
Comme disait la grand-mère de Martine, quand c’est flou c’est qu’il y a un loup !
Sur beaucoup d’autres sujets il reste également dans le vœu pieux comme par exemple la manière dont il va procéder pour favoriser l’investissement des PME ou encore comment il va augmenter le pouvoir d’achat.

8 – Il est socialiste
Même si il est loin d’être le pire en la matière, Hollande est quand même un des leaders, et depuis longtemps, de ce parti Socialiste, avec tous ses archaïsmes. Le Parti Socialiste n’a pas encore tout à fait compris que pour distribuer il faut générer de la richesse et que ce sont les entreprises qui la génèrent cette richesse. Les Socialistes prétendent depuis toujours fournir une protection aux français en les confortant dans cette croyance qu’il n’y a pas d’efforts à faire sauf évidemment pour les plus riches. C’est sur la base de cette mentalité que les 35 heures ont été instaurées et qu’ils promettent de revenir à la retraite à 60 ans. Sa célèbre sortie « j’aime pas les riches » est particulièrement révélatrice de cet état d’esprit. Le problème c’est que maintenant que tout le monde a compris qu’on ne pouvait plus vivre à crédit, ils sont emmerdés parce qu’ils ne peuvent plus faire leur promesses inconsidérées du type demain on rase gratis….d’ou le flou signalé plus haut !

9 – L’absence de perspectives
Il ne fait pas rêver Hollande, c’est clair, mais dans les circonstances actuelles, faire rêver et souvent synonyme d’entourloupe. Pour autant, ce qu’on attend d’un président de la république, c’est qu’il ouvre des perspectives au pays, qu’il ait une vision à long terme, qu’il définisse des axes forts. Or, à ce jour, rien de tout cela. Il est soit resté dans le commentaire critique et négatif de l’action de Sarkozy soit dans la proposition concrète plus ou moins réaliste. Le plus gênant, n’est pas nécessairement qu’il ne nous ait pas encore produit un projet de haut vol, mais c’est que l’on a du mal à imaginer qu’il puisse en produire un. Sans aller jusqu’à espérer un nouveau De Gaulle on est en droit d’attendre d’un Président de la République, surtout dans ces temps difficiles, qu’il prenne un peu de hauteur.

10 – Il s’y croit déjà

« Je ne suis pas un contre-président, je suis le prochain ! » (Libé du 7 novembre).

A la fois dans sa posture et dans ses propos, il s’y croit déjà, il est le futur président de la république !
Le problème, c’est que c’est pour le moins prématuré. Cette manière de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, comme une sorte d’auto-proclamation est au mieux exaspérante, au pire insultante pour les électeurs. Ce n’est évidemment pas le plus essentiel, mais ce point à mettre à son débit.

En conclusion, bien évidemment, il faudra comparer les soldes crédits moins débits des candidats en lice, mais sans préjuger des résultats de cet exercice et évidemment sans être trop lourd, il me semble qu’il y a clairement un meilleur choix à faire que Hollande lors de la prochaine présidentielle….tiens, Bayrou par exemple, très bien Bayrou :)

Bon, je sais que c’est une chaine et que je suis censé passer le relai à d’autres petits collègues, mais comme je me vois mal solliciter quelques uns des nombreux left blogueurs qui trustent la blogosphère politique, et que les quelques blogueurs sinon de Droite du moins non marqués à Gauche ont déjà été mis le coup, je me contenterai de faire des liens vers ceux-ci. Allez donc voir ici, , ou encore et (désolé pour ceux que je n’aurais pas vu).

Retrouvez l’article sur le blog Humeurs de vaches en cliquant ici.

Echiquiers politiques et bipartisme en France et aux Etats-Unis

11:56 dans Coup de coeur par Modérateur

Nous ne rentrerons pas dans les détails de la mécanique électorale car il nous semble plus intéressant de se concentrer sur la pensée politique du peuple américain, les mouvances au sein des partis, et les leçons que la France peut en tirer.

Au sein des Démocrates, il existe une branche très « sociale » souvent associée à Nancy Pelosi, ancienne Présidente de l’Assemblée Nationale (Speaker of the House). Cette pensée ne semble pas trouver pas un large écho au niveau de la population, ce qui explique qu’il n’y ait pas l’équivalent du Parti Socialiste aux Etats-Unis, et que l’ensemble de l’échiquier politique se positionne plus à droite qu’en France. Sans avoir de structure ou encore moins d’élus, je pense que le récent mouvement « occupy Wall Street » témoigne d’une certaine manière de cette gauche plus radicale, mais est immédiatement stigmatisé de mouvement Hippie – notamment médiatiquement par les Républicains.
Il faut d’ailleurs noter que les chaines d’informations sont assez clairement partisanes aux Etats-Unis. Typiquement MSNBC est très à gauche, Fox News très (très) à droite et CNN est sensé être relativement neutre. Les présentateurs se font donc le relais de très nombreux stéréotypes.

A droite, il y a maintenant « l’infamous Tea Party », qui est officiellement représenté par des élus tout en continuant à appartenir officiellement au parti Républicain. Un ami me faisait remarquer les inquiétantes similitudes entre Tea Party et Droite Populaire Française, cette dernière ayant pris le visage des 80 députés dans le récent scandale sur l’identité sexuelle, à partir du contenu d’un livre scolaire de biologie.

Comme nous le voyons, si l’échiquier politique des Etats-Unis est différent de celui de la France, il y a néanmoins des éléments qui pourraient servir d’indicateurs à l’évolution possible de la politique Française :

  • la « droitisation » de la droite traditionnelle,
  • le contrôle d’une des principales institutions législatives par le parti de l’opposition (House Republican Majority aux US et Sénat à Gauche en France – ce qui a déjà existé, plus souvent du coté de l’Assemblée, lors de précédentes cohabitations),

Le tout aboutissant à une profonde division bipartiste du pays.

Cette division existe en France du fait de différences idéologiques importantes entre le PS et l’UMP, et si l’on ajoute à cela la récente performance d’Arnaud Montebourg aux primaires citoyennes et le passage de la majorité du Sénat à gauche, on peut s’attendre à une complexification du processus de prise de décision politique. On assiste à une bipolarisation sur deux grands partis mais de nombreux courants centrifuges à l’intérieur de chacun d’entre eux radicalisent l’action et la paralysent. L’ultra-partisanisme, le refus systématique de chaque proposition du parti adverse, en somme, le blocage complet de l’action du gouvernement, a récemment aboutit à la dégradation de la note AAA des Etats-Unis. L’agence de notation Standard & Poors a déclaré, en anglais dans le texte: « political brinkmanship in the debate over the debt had made the U.S. government’s ability to manage its finances less stable, less effective and less predictable ». La raison principale de cette perte de confiance était donc plus politique qu’économique. Le choix du mot « brinkmanship » est aussi révélateur. Il signifie « pousser une situation dangereuse vers le désastre » et à été inventé pour décrire le comportement des politiciens à l’époque de la Guerre Froide : leurs désaccords profonds poussaient leurs pays au bord (to the brink) de la guerre.

Dans 2012. Etat d’urgence, François Bayrou explique pour la France que « ces deux majorités potentielles sont l’une comme l’autre liées à des intérêts antagonistes, intérêts de classe, ou intérêts corporatistes, qui empêcheront les décisions nécessaires. [...] Pour porter les politiques courageuses, il faut une majorité du courage. Ce ne peut être qu’une majorité nouvelle, non pas la majorité d’un bord contre l’autre mais une majorité centrale».

La dégradation de la note américaine est une illustration claire de cette analyse que François Bayrou avait écrite avant même l’annonce de la décision de S&P.

Pour la France, nous avons une chance qui est encore inenvisageable aux Etats-Unis: une force Démocrate du centre qui existe à la fois idéologiquement et politiquement. François Bayrou a obtenu prêt de 20% des voix aux élections 2007, a démontré à de multiples reprises la justesse de ses analyses, la modernité de ses propositions et la nécessité des choix qu’il propose.

Pour citer à nouveau un passage de son dernier ouvrage : «  Cette bipolarisation, cette guerre des deux, porte en elle le crétinisme de la démagogie ». Notre devoir d’électeurs est de cesser immédiatement d’essayer de faire soi-même des calculs politiciens, et de se cacher derrière un soi-disant « vote utile », qui est en fait un vote de simple opposition CONTRE un parti ou l’autre. Il est temps de voter et de convaincre à faire voter POUR des idées et POUR des solutions, pendant qu’il en est encore temps.

La France ne pourra pas, et ne devrait pas, se contenter d’un président par défaut…

Retrouvez d’autres articles d’Olivier Nataf  et de Martine Volard en cliquant ici.

Découvrez le facebook des Démocrates d’Amérique du Nord, en cliquant ici.

Et si nous parlions de la France?

11:51 dans Non classé par Leloup Vladimir

Le FESF passe à 1000 milliards, la dette grecque est allégée de 100 milliards, les états garantissent les banques mises à mal, le FMI prête à la Grèce, l’Allemagne affirme sa volonté, la Chine approuve…

Mais le mal est-il soigné à la racine au niveau européen? Nous verrons prochainement si l’Espagne et l’Italie ne sont pas les prochaines cibles de la spéculation financière.

Et la France dans toute cette agitation internationale?

PSA annonce des milliers de suppression d’emplois en Europe mais 800 créations d’emplois au Brésil.
Le chômage repart à la hausse : +0.9% en septembre , hausse que nous prédisions en début d’année 2011. La croissance est anémique. Le spectre de la récession se profile à l’automne 2011 et pour toute l’année 2012. Les banques déjà frileuses vont fermer le robinet du crédit après leur abandon de créance en Grece. ( 9 milliards).

1% de croissance semble être aujourd’hui l’hypothèse d’évolution la plus plausible pour notre PNB en 2012.

Ce chiffre annonce deux conséquences :

- chômage en hausse : à moins de 2% de croissance, Pole emploi verra les bataillons de chômeurs croitre
- rentrée fiscale et sociale en baisse dans les caisses de l’état et de la sécurité sociale.

Conclusions immédiates et très tangibles :

1) le plan du gouvernement du 24 aout dernier ( baisses des dépenses et rabotage des niches fiscales) est parfaitement insuffisant pour réduire notre déficit,

2) le projet de budget basé sur une estimation de croissance supérieure à 1% est caduc et qu’il faut anticiper une nouvelle série de réduction des dépenses et de hausse des prélèvements : il manque au bas mot 10 milliards de recettes pour atteindre l’objectif de réduction du déficit en 2012.
Le débat sur la TVA et les indemnités journalières est révélateur de ces nouveaux besoins.

Et malgré tous ces plans successifs, ces budgets obsolètes avant même leur adoption, le débat sur les causes du mal français, et donc les remèdes à y apporter, n’est toujours pas lancé, sauf par Francois Bayrou : il faut créer des emplois, retrouver une capacité de production en France, seule capable de produire des richesses et donc générer de nouvelles ressources fiscales et sociales , seules à même d’éponger notre dette colossale.

Retrouvez le blog de Philippe Gonon en cliquant ici.

La démondialisation : un concept novateur ou trompeur ?

19:11 dans Non classé par Marie-Anne Kraft

La démondialisation entre dans le débat politique[1]. Elle est présentée comme un nouveau concept. Son nom évoque l’idée d’une sortie de la mondialisation ou d’un retour en arrière dans le processus de mondialisation. Il est trompeur car son interprétation recouvre des idées assez différentes, ce qui peut porter à confusion et brouiller les esprits dans des débats sur ce thème entre des personnes qui mettent derrière ce terme des contenus différents. Il est donc important de le définir, de revenir à son origine, d’en décrire le ou les contenus, ainsi que l’intention dans laquelle ce terme est parfois employé comme un label, une marque politique, un critère de différenciation servant à radicaliser un discours pour se montrer plus en rupture avec le système.

Le sociologue Philippin altermondialiste, Walden Bello, est à l’origine de ce mot, développant ce concept dans son ouvrage[2] : Deglobalization, ideas for a New World Economy. Mais à cette époque, ce concept était limité : il s’agissait de dénoncer la suprématie des grandes institutions internationales, du FMI à l’OMC, et de proposer en alternative plus de décentralisation, plus de pluralisme et plus d’équilibre des pouvoirs dans la gouvernance du commerce mondial, des échanges internationaux.

Des personnalités, en général engagées à gauche, ont repris ce concept mais en y mettant chacun leurs ingrédients : des économistes tels que Jacques Sapir et Frédéric Lordon, des sociologues tels que Emmanuel Todd, des philosophes tels que Edgard Morin, ou encore des politiques tels que Arnaud Montebourg[3], Jean-Pierre Chevènement et Jean-Luc Mélenchon. Jacques Sapir, qui a publié en 2010 un plaidoyer pour la démondialisation[4] dit lui-même « C’est un concept malléable et tout le monde ne le définit pas de la même façon en fonction de ses propres intérêts ».  Mais cette doctrine n’est pas l’apanage exclusif de la gauche, elle séduit aussi des personnalités politiques de droite, telles que Marine Le Pen et Nicolas Dupont Aignan.

Les tenants de la démondialisation partagent ce constat : le libre-échange, généralisé dans les échanges mondiaux selon un processus remontant au début des années 1980, caractérisé par l’absence de barrières douanières et la libre circulation des biens, des hommes et des capitaux, a conduit à un vaste mouvement de délocalisation des productions vers les pays où la main-d’oeuvre est moins chère et où les normes de production sont moins contraignantes (à l’égard de l’environnement par exemple). Ces délocalisations ont entraîné une augmentation du chômage dans les pays occidentaux, ainsi qu’une stagnation des salaires vers le bas, par l’effet de concurrence accrue en offre de main d’œuvre, accentuée aussi par l’immigration (pour l’extrême droite). Ce phénomène a été amplifié par la globalisation financière, la dérégulation financière, le décloisonnement des marchés et la libre circulation des capitaux. La crise a montré les limites du libre-échange.

Les partisans de cette doctrine affirment donc vouloir lutter contre les délocalisations et préserver les emplois dans les pays occidentaux en préconisant de revenir à une forme de protectionnisme économique, à une concurrence loyale entre les pays occidentaux et les pays émergents. Selon eux, le marché intérieur serait davantage protégé des produits importés des pays émergents à bas prix en établissant ou en augmentant des barrières douanières.

Pour les uns, à droite, ce protectionnisme est à exercer au niveau national et s’accompagne d’une sortie de l’Euro, voire de l’Union européenne pour reprendre sa souveraineté nationale. Pour les autres (Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon), qui ne prônent pas la sortie de l’euro, il doit être mis en œuvre au niveau de l’Europe, ce qui suppose de rallier les partenaires européens à cette thèse, avec des moyens très limités à court terme pour appliquer cette doctrine au niveau national. Jacques Sapir est plus circonspect concernant l’euro, qu’il préfère reléguer à une monnaie « commune » et non unique aux pays de la zone euro, redonnant à ces derniers une souveraineté monétaire nationale, avec la possibilité de dévaluer leur monnaie, offrant plus de souplesse en respectant la diversité des politiques budgétaires. La monnaie commune resterait en vigueur pour les échanges de la zone euro avec l’extérieur.

Certains, surtout à gauche, justifient leur démarche protectionniste en visant à rendre plus juste, sociale et écologique l’organisation économique mondiale, grâce à de nouvelles règles endiguant les effets néfastes du libre-échange et de la globalisation financière. Les taxes financières ou taxes aux frontières sur les biens importés doivent donc être justifiées par une concurrence déloyale de la part des pays exportateurs, produisant à moindre coût car soumis à des contraintes moindres : concurrence sociale (absence de charges sociales, faible protection sociale), concurrence environnementale (non respect de la protection de l’environnement), concurrence fiscale et même monétaire (sous-évaluation de la monnaie, comme c’est le cas du Yuan en Chine, expliquant entre 20% et 40% de sous-évaluation des prix à l’exportation). L’intention paraît vertueuse, la méthode censée motiver les pays émergents exportateurs à augmenter leur protection sociale et leurs salaires et à agir pour la protection de l’environnement, pour subir une moindre taxe. De plus, la relocalisation de la production induite par ce protectionnisme est bénéfique également pour l’environnement, diminuant les transports donc la trace carbone des activités. Ils ne précisent pas toujours comment mettre en place un scoring international permettant de comparer les pays entre eux sur les plans sociaux et environnementaux afin de justifier auprès de l’OMC de telles pratiques et de fixer le montant de taxe. Serait-il global par pays exportateur et par branche d’activité (comme le recommande Jacques Sapir), ou tenant compte des pratiques des entreprises exportatrices qu’il faudrait alors pouvoir auditer, auxquelles il faudrait attribuer une notation sociale et environnementale, grâce à des agences spécialisées à l’instar des agences de notation financière ? Concernant le dumping fiscal et monétaire, l’OMC n’a pas non plus prévu de dérogation …

Les autres, plutôt à droite, ne s’embarrassent pas toujours de toutes ces considérations humanistes, sociales et morales, et motivent leurs intentions par l’intérêt national. Mais l’autonomie protectionniste exige alors de relâcher les contraintes européennes et internationales en sortant de ces institutions, en opérant un repli.

Enfin, l’ONG altermondialiste ATTAC a exprimé un profond désaccord avec la démondialisation prônée par Jacques Sapir. Dans une tribune publiée en avril 2011 dans Politis, Thomas Coutrot, co-président d’ATTAC, récuse la thèse défendue par Jacques Sapir : « Prôner le replis national au moment où la planète prend feu est purement irresponsable ». Il « refuse de dresser les peuples les uns contre les autres chacun au nom de son intérêt national et de faire le jeu des populisme en Europe ».  Les altermondialistes d’ATTAC rappellent qu’ils sont partisans d’une coopération à l’international et d’une hausse des salaires, dont la part dans la valeur ajoutée a injustement diminué au profit du capital dans les pays occidentaux et qui sont insuffisants dans les pays émergents pour vivre dignement. Le protectionnisme n’est donc pas à leur avis la bonne méthode.

La démondialisation va aussi au-delà du protectionnisme et de la volonté de relocaliser les activités. Elle s’attaque aussi à la globalisation financière, à la domination des marchés financiers sur l’économie, à la soumission des Etats au diktat de la finance et des agences de notations, aux paradis fiscaux. Mais sur ce sujet également, les « démondialisateurs » ne sont pas tous d’accord sur la manière d’opérer pour réguler la finance et la remettre mieux au service de l’économie. Entre les partisans d’une ligne dure et ceux d’une ligne plus souple, plus régulatrice, les propositions ont différents degrés : nationalisation des banques (Frédéric Lordon) à moindre coût si elles frisent la faillite, mise des banques sous tutelle (Arnaud Montebourg), cloisonnement strict des marchés financiers, interdiction ou limitation de la spéculation pour compte propre des banques, mesures fiscales spécifiques au profit bancaire et aux rémunérations des dirigeants et des traders, financement des déficits publics directement par la Banque Centrale même si cela induit de la création monétaire …

Ce thème de la démondialisation a donc fait naître de nouveaux clivages, tant au sein de la gauche qu’au sein de la droite, et introduit aussi une ligne convergente entre une partie de la gauche et une partie de la droite, qui dérange, rend très mal à l’aise, la gauche et la droite. Le concept ajoute de la confusion au dialogue en recouvrant des contenus en partie différents par ceux qui le prônent. Par ailleurs il est utilisé souvent par les politiques comme un label marketing, un étendard pour radicaliser un discours, pour se montrer en rupture avec un système jugé responsable de nos crises.

Quant au centre, notamment celui du Mouvement Démocrate conduit par François Bayrou, il affirme son désaccord avec la thèse de la démondialisation pour les raisons suivantes :

-          le concept est trompeur, faisant croire que l’on peut sortir de la mondialisation ou s’en affranchir, la contourner ;

-          le protectionnisme a des effets dévastateurs et implique des mesures de rétorsion de la part des pays exportateurs à l’égard des pays dont ils importent aussi des marchandises. En France, un emploi sur quatre dépend des exportations et se verrait donc menacé ;

-          la sortie de l’euro serait catastrophique, notamment à cause d’une dette colossale libellée en euro qui deviendrait encore plus difficile à rembourser avec une monnaie nationale dévaluée et une explosion des taux d’intérêt qui renchérirait, doublerait ou triplerait la charge financière déjà équivalente à l’impôt sur le revenu des Français.

En revanche, François Bayrou avait exprimé des points de vue convergents avec certaines propositions que l’on retrouve dans l’approche dite de démondialisation : viser une concurrence juste et loyale dans les échanges internationaux (intégrer les objectifs environnementaux et sociaux dans les échanges internationaux, à travers une réforme de l’OMC, en amont des échanges plutôt que par des taxes aux frontières), une convergence fiscale et sociale au sein de la zone euro, une taxe carbone aux frontières de l’Europe, une application des normes européennes, sanitaires, sociales et environnementales à tous les produits vendus dans l’UE plutôt que simplement produit dans l’UE. Et concernant la finance : séparation stricte entre d’un côté les banques de dépôts et crédits et de l’autre les banques d’affaire (de marchés et d’investissement), limitation de la spéculation, taxe sur les transactions financières, mise au ban de la pratique des paradis fiscaux. De même l’idée de relocalisation, de redonner la priorité à produire en France en faisant aussi appel à la responsabilité du citoyen consommateur grâce à la création de labels sur le degré de production du produit en France et en Europe (comprenant toute la chaîne), sur l’empreinte sociale et environnementale.

En conclusion, parler de la démondialisation, alors que ce terme recouvre certaines idées différentes, semble semer la confusion dans les esprits. L’intention est louable : vouloir proposer un modèle de société plus juste, plus équitable, de protéger nos emplois, de relocaliser les activités et d’introduire une responsabilité environnementale en adaptant la fiscalité à cet impératif. Mais les propositions concernant les formes de protectionnisme et la sortie ou non de l’euro, sont controversées. Il est donc nécessaire de clarifier cette appellation de démondialisation : la redéfinir dans un langage commun recouvrant un même contenu, ou la limiter aux intentions, ou encore ne plus l’utiliser, préférant revenir à d’autres termes : un concept de modèle coopératif, visant un intérêt commun plutôt qu’un modèle de pure libre-échange dans la compétition qui vise le profit, un modèle de société qui régule préventivement en amont avec une meilleure gouvernance mondiale et européenne (normes sociales et environnementales, travail plus justement rémunéré, comme le souhaite ATTAC) plutôt qu’un modèle privilégiant une correction a posteriori de type protectionniste, qui risque d’induire en chaîne des mesures de rétorsion et obérer au final l’ensemble des échanges au détriment des populations.


[2] Deglobalization, ideas for a New World Economy, Walden Bello, Londres et New-York, 2002

[3] Votez pour la démondialisation ! , Arnaud Montebourg, préface d’Emmanuel Todd, Flammarion, 2011

[4] La démondialisation, Jacques Sapir, Seuil, 2010

Affaire Tapie : la CJR dévoile ce que Bayrou avait écrit déjà en 2009 !

15:29 dans Non classé par Marie-Anne Kraft

Mediapart vient de révéler la décision motivée de la Commission des requêtes de la Cour de justice de la République conduisant à l’ouverture d’une enquête sur Christine Lagarde (lire Cour de justice : le document qui accable Christine Lagarde et  télécharger le document ici ou le consulter ).

Laurent Mauduit, journaliste et co-fondateur de Mediapart, qui a mené l’investigation sur l’affaire Tapie écrit le livre « Sous le Tapie », vient aussi de publier un article intitulé « La justice sur les traces du pacte Sarkozy-Tapie« , dans lequel il réagit vivement au fait que cette décision dit clairement que des décisions ont été prises et des actions ont été mises en oeuvre de manière concertée par l’Etat, par le gouvernement, par Mme Lagarde (et forcément de Nicolas Sarkozy) pour aboutir à favoriser intentionnellement des intérêts privés, de Bernard Tapie, aux dépens des intérêts publics, ceux des contribuables. Même les arbitres de la procédure d’arbitrage ont été choisis alors qu’ils avaient manqué à leur devoir d’indépendance : Pierre Estoup, lié à l’avocat Maurice Lantourne, également avocat de Tapie, et Jean-Denis Bredin, membre des instances dirigeantes du Parti Radical de Gauche auquel Tapie était lié). C’est un véritable scandale d’Etat.

Laurent Mauduit fait aussi justement remarquer le silence de la presse et des médias (que l’on sait souvent sous influence …) et même la complicité de certains journalistes, comme Dominique Seux, des Echos, pour étouffer l’affaire, la déformer, la travestir même.

Et un point mérite d’être souligné, c’est l’implication de Jean-Louis Borloo dans cette affaire, car c’est lui qui avant Christine Lagarde avait pris cette décision d’aller à l’arbitrage privé, que sollicitait Bernard Tapie, en rompant le cours de la justice ordinaire : « Décidé par Jean-Louis Borloo, par ailleurs ancien avocat de Bernard Tapie, dès sa prise de fonction le 18 mai 2007, le principe de l’arbitrage a pourtant « été retenu malgré l’opposition manifestée à plusieurs reprises (…) par le directeur général de l’agence des participations de l’Etat ». » Ce point avait d’ailleurs déjà été évoqué par le journal Sud-Ouest dans un article où un journaliste évoque un entretien avec Mme Lagarde qui disait que « Embarrassé, l’entourage de Christine Lagarde laisse entendre que le choix de recourir à l’arbitrage avait été décidé avant sa nomination. Celle-ci était survenue après le départ de Jean-Louis Borloo, resté quelques semaines seulement en poste à Bercy. « Ceci est rappelé dans cet article « Jean-Louis Borloo bientôt rattrapé par l’affaire Tapie« .

Enfin, il pointe aussi l’étonnante passivité des responsables politiques y compris d’opposition, à l’exception du centriste François Bayrou et du socialiste Jérôme Cahuzac : « En dehors du président du Modem, François Bayrou, qui a inlassablement dénoncé à juste titre ce scandale d’Etat ; en dehors du président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, le socialiste Jérôme Cahuzac, il s’est trouvé bien peu de responsables pour dénoncer ce très mauvais coup porté à la démocratie. C’est même pis que cela ! Il s’est trouvé des socialistes – telle Martine Aubry, tel Jean-Christophe Cambadélis – pour applaudir la candidature de Christine Lagarde à la direction générale du FMI (lire en particulier: FMI: le stupéfiant soutien de Martine Aubry). »

Et j’en viens au point justifiant le titre de mon billet : non seulement François Bayrou a dénoncé depuis le début l’affaire Tapie, pointant les irrégularités commises, mais il a agi, il est allé en justice déposé deux recours. Il a aussi consacré 24 pages à cette affaire dans son livre « Abus de pouvoir ». Il m’autorise à communiquer ce chapitre L’affaire Tapie ou L’arbitraire à Mediapart pour diffusion publique (sur ce lien). Cela vaut vraiment la peine de le relire, car on y retrouve la plupart des points évoqués maintenant par la CJR, y compris le manquement des deux arbitres, enfin les faits et témoignages concordant à une action en effet concertée, voulu par le pouvoir, en faveur de Tapie et le comportement de ce dernier traduisant une position de force dans sa négociation, ses rencontres répétées avec Nicolas Sarkozy à l’Elysée par la porte de derrière.

François Bayrou évoque aussi la fameuse réunion dans un hôtel de luxe d’Agadir. Je le cite :
« On a un témoignage précis, publié par Le Canard enchaîné, de l’élaboration de cette décision entre les protagonistes et les proches de l’actuel président. La scène se passe au luxueux Dorint Atlantic Palace, cinq étoiles et opulence garantie, lieu discret de villégiature de riches vacanciers, à Agadir. Aussi stupéfiant que cela puisse paraître, sont réunis autour de la table Tapie, son ami André Guelfi, dit «Dédé la Sardine », que Tapie a rencontré en prison où l’avait conduit son rôle dans l’affaire Elf, Brice Hortefeux, ministre délégué aux Collectivités territoriales auprès de Nicolas Sarkozy, et Jean-François Copé, ministre délégué au Budget, tous deux encore ministres du gouvernement Chirac-Villepin. Et de quoi parlent-ils, ouvertement ? De régler favorablement la question Tapie par un arbitrage ! Ils parlent si ouvertement et si fort que la conversation est entendue et notée. L’arbitrage, espoir suprême et suprême pensée ! L’arbitrage n’est pas rendu par des magistrats. Il est confidentiel. Il n’a pas à rendre publiques ses raisons. Normalement, il n’est pas susceptible d’appel. Et les arbitres sont choisis d’un commun accord. Tous les inconvénients des décisions de justice, aléatoires et dans le cas présent condamnées à l’échec, sont ainsi benoîtement évacués! »

Voilà. On retrouve les même protagonistes que dans l’affaire Takkiedine : Copé et Horfefeux. Et André Guelfi, alias « Dédé la Sardine », qui avait fait un pacte avec Tapie à la prison de la Santé pour se partager 50-50 sur les  gains qu’ils obtiendraient l’un et l’autre de leurs procès.

André Guelfi a fait de la prison dans le cadre de l’affaire Elf. Comme le montre cette chronologie de l’affaire Elf publiée par l’Express (voir 1995), il était très lié à André Tarallo, président d’Elf Gabon, impliqué aussi dans l’affaire Elf. Un des arbitres contestables de l’affaire Tapie, Pierre Estoup, a été lui même contesté dans une affaire d’arbitrage privé impliquant André Tarallo et Omar Bongo (voir l’article de Laurent Mauduit « Affaire Tapie: Pierre Estoup, un très «étrange» arbitre« ), affaire où on retrouvait l’avocat Maurice Lantourne !

Un deuxième acteur arbitre de cette affaire Tapie, Jean-Denis Bredin, outre le fait qu’il était un dirigeant radical de gauche le parti de Tapie, il a été lui aussi arbitre dans une autre affaire, celle qui opposent quelques uns des protagonistes de l’affaire des frégates de Taïwan, comme l’a évoqué une enquête de Mediapart.

Le rapport entre Karachi et l’affaire Elf , celle des Frégates de Taiwan, ne serait-il pas les ventes d’armes de la France et … les commissions et rétrocommissions supposées avoir financé la campagne de Balladur en 1995 sous l’égide de Nicolas Sarkozy, alors ministre du budget et directeur de campagne ?

Dans ces affaires, Tapie, Elf et Frégates, Karachi, comme dans l’affaire Clearstream, on retrouve une convergence de protagonistes, d’avocats : non seulement Maurice Lantourne avocat de Tapie, de Loïk Le Floch-Prigent dans l’affaire Elf, de Florian Bourges sur l’affaire Clearstream, mais aussi l’avocat de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog qui était avocat de Thales dans l’affaire des Frégates de Taïwan et celui de  Sirven dans l’affaire Elf, et également le procureur Marin toujours protégeant Nicolas Sarkozy, refusant de verser au dossier un témoignage au sujet des rétro-commissions.

Un vrai nid de vipères !

Les vraies causes de la crise de la dette publique… et les faux discours démagogiques

11:31 dans Coup de coeur, Sélection de la semaine par Marie-Anne Kraft

Nicolas Dupont-Aignan vient d’écrire cette tribune intitulée « Les vraies causes de la crise de la dette publique« .

Tout en étant de droite, il utilise les mêmes arguments que Marine Le Pen sur l’extrême droite et qu’Arnaud Montebourg (voir mon article) et Jean-Luc Mélenchon à gauche, contre la mondialisation, cause des délocalisations et donc des pertes d’emplois en France, et affirme la nécessité de sortir de l’UE et de l’euro, jugés responsables de la perte de compétitivité de la France, de l’industrie française. Il affirme ici également qu’ils sont la vraie cause de la crise de la dette publique. Or, si certains arguments et constats sont vrais, attirant l’adhésion et l’approbation du lecteur, l’argumentation est fallacieuse et la conclusion bien hâtive pour être crédible.

Une chose me paraît juste sur le fond dans cet article : « Plutôt que de se polariser sur les déficits budgétaires, on ferait mieux d’analyser les déficits extérieurs qui révèlent la fuite des emplois vers les pays émergents, et notamment la Chine.« 

Les médias ou les responsables politiques (à l’exception de François Bayrou) parlent rarement de la balance commerciale. Or cet instrument de mesure essentiel de la bonne santé de l’économie. Le déficit de la balance extérieure (importations > exportations), qui est le reflet d’un appauvrissement relatif de la France en production, expliquant lui-même une partie de la baisse de nos emplois. François Bayrou, dit dans cette intervention sur France Inter lundi 20 juin 2011 : « La thèse de la démondialisation exposée par les deux extrêmes est un mensonge. La seule question que nous devons nous poser, c’est comment la France peut-elle continuer à produire ? L’Allemagne montre qu’on peut parfaitement produire et exporter en étant un pays de la zone euro, et donc améliorer le niveau social du pays » a-t-il souligné. « Je plaide pour une France forte et productrice ! »

Mais le déficit commercial d’un pays ne doit pas être confondu avec son déficit public. Le déficit public naît de la différence entre les recettes (impôts) et les dépenses de l’Etat. Il y a un lien entre les deux mais très indirect. Par exemple le Japon a pu être en excédent commercial extérieur et en même temps avoir un déficit public et une dette publique (>200% du PIB) qui elle-même est financée à 95% par les Japonais eux-mêmes (placement de l’épargne des fonds postaux). La dette publique est alimentée par l’incrémentation du déficit public chaque année. Un ralentissement de la croissance augmente le déficit public car diminue les recettes (fiscales) et augmente mécaniquement les dépenses (sociales).

Nicolas Dupont-Aignan déclare : « tout est fait pour culpabiliser les peuples et leur faire croire que ces déficits et cette dette s’expliquent par un excès de dépenses, une mauvaise gestion et une politique sociale trop généreuse. C’est un véritable mensonge qu’il faut dénoncer en expliquant que cette crise de la dette a d’autres causes bien plus profondes : les états développés sont avant tout confrontés aujourd’hui à un manque de recettes budgétaires et sociales lié à une mondialisation qui nivelle tout par le bas. »

C’est aller un peu vite… L’évolution de la fiscalité (baisse de 100 à 120 milliards d’euros des recettes fiscales annuelles depuis l’an 2000 dont 2/3 en diminution d’impôts comme en attestait Gilles Carrez l’an dernier) et la charge financière de la dette publique (équivalente à l’impôt sur le revenu, 50 milliards d’euros) sont bien plus responsables du déficit public (presque 150 milliards d’euros en 2010 et plus de 100 milliards estimés pour 2011) que l’impact des délocalisations.

Beaucoup de points affirmés par Nicolas Dupont-Aignan sont faux ou approximatifs, passent allègrement d’un constat partiellement vrai (perte d’emplois dues aux délocalisations) à une conclusion abusive (sortir de l’euro car pertes d’emploi expliquées par délocalisations qui elles-mêmes sont dues à un euro cher et à une UE complaisante vis-à-vis d’une mondialisation sans frontières). Explications :

1. Les délocalisations n’expliquent que 13% des pertes d’emplois. D’après un document officiel du ministère de l’Economie et des Finances, La désindustrialisation en France : « En trente ans, environ 2 millions d’emplois industriels ont été détruits en France (1 913 500 entre 1980 et 2007). Cela représente 71 000 emplois détruits en moyenne chaque année, et un total de 36% des effectifs industriels ». Mais lorsqu’on lit ce rapport de Bercy, il est précisé que sur ces chiffres, seuls 13% des destructions d’emplois sont expliquées par les échanges internationaux, selon une approche comptable fondée sur le contenu en emplois des échanges. Ce taux étant plus élevé sur la période plus récente 2000-2007 (28%). 25% des destructions d’emplois étant dues à des transferts de l’industrie vers les services par externalisation (donc pas une destruction d’emploi au total) et 29% dues à des gains de productivité (65% sur la période 2000-2007).

2. Ce n’est pas l’euro qui est la cause du manque de compétitivité de la France. L’Allemagne, en excédent commercial, ne pâtit aucunement de l’euro. Entre 60 et 70% de nos échanges extérieurs sont d’ailleurs en euro, au sein de l’UE. L’euro a été un facteur de stabilisation et de protection contrairement à ce que certains essaient de faire croire. En revanche, nous avons laissé filer des pans entiers de l’industrie française, par exemple dans la machine outil, l’électroménager et les biens d’équipement. Le même phénomène se passe avec l’agriculture face à la concurrence espagnole, qui pourtant est elle aussi en euro !). Les Allemands ont su préserver leur industrie et leur tissu industriel, leurs PME, en se concentrant sur les produits sur lesquels ils sont très performants (machine outil et automobile) même s’ils sont chers et en euro.

3. Une sortie de l’euro serait dramatique pour les finances publiques notamment parce que la dette publique est libellée en euro. Comme l’a averti François Bayrou dans ses récentes interventions, la sortie de l’euro avec un hypothétique retour au franc reviendrait à une dévaluation brutale avec une dette à rembourser en euro dont la valeur serait donc relativement accrue comparée à notre nouvelle monnaie, donc la dette ne serait pas dépréciée (ce qui n’est pas le cas pour une dévaluation monétaire avec une dette libellée dans cette même monnaie). La charge financière de la dette se verrait donc non seulement accrue par cet effet, mais aussi par une hausse très importante du taux d’intérêt sur les nouvelles émissions (pour notamment réémettre de la dette pour rembourser celle arrivant à échéance), à un taux 2 voir 3 fois plus élevé. La charge financière étant actuellement égale à l’impôt sur le revenu, un doublement signifie multiplication de l’IR par 2 pour payer cet accroissement de charge sans creuser encore le déficit ! Une sortie de l’euro n’est envisageable qu’en cas de faillite déclarée de la France, d’une incapacité déclarée à rembourser sa dette actuelle. Or une telle faillite serait la ruine de notre économie, de nos services publics, de notre système social, au détriment de tous et notamment des personnes les plus fragiles. Prôner une telle solution est IRRESPONSABLE.

Gardons-nous de ces faux discours démagogiques et simplistes. 2012 approche… avec son cortège de faux discours et de fausses explications, d’impostures, de désignation de boucs émissaires. Comme le dit François Bayrou, il faut d’abord un discours de vérité : « Le choix politique qui est le nôtre, c’est de dire la vérité aux Français parce que seule la vérité est mobilisatrice et peut permettre le redressement. Partir de la vérité pour arriver à la volonté politique, c’est notre maxime, c’est notre choix ».

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La démondialisation selon Arnaud Montebourg : qu’en pense François Bayrou ?

16:40 dans Non classé par Marie-Anne Kraft


Je viens de lire attentivement le petit livre que vient de publier Arnaud Montebourg intitulé « Voter pour la démondialisation ! ». En fait les recommandations convergent fortement avec celles déjà faite par le MoDem sur l’Europe en 2009 et ne prônent pas un vrai protectionnisme au sens habituel.

Je fais ce constat après avoir analysé en profondeur le phénomène de mondialisation et de globalisation, ses conséquences sur nos économies et celles des pays émergents, sur l’Europe, lu aussi de nombreux récents ouvrages parus sur ce thème.

Le débat sur le modèle de société, à la fois social et économique, devant intégrer la dimension écologique, est essentiel pour aborder la prochaine campagne présidentielle. Les Français ont une attente sur ce sujet. Avant de se lancer dans un programme, dans des propositions sur la dette publique et la fiscalité, sur l’éducation, sur la relance économique, dans des promesses électorales auxquelles les citoyens ne croient plus, les responsables politiques devraient affirmer leur priorité à des valeurs et donner une vision du monde, pas seulement de la France et de l’Europe. Ils devraient exprimer avec pédagogie leur analyse des causes des dysfonctionnements de la société et de l’économie, leur positionnement idéologique sur la mondialisation, sur le libre-échange et le protectionnisme, sur la capacité des Etats à réguler cette mondialisation, sur les rapports de force entre la finance et l’économie des entreprises, entre les Etats et les puissances financières multinationales, sur la gouvernance mondiale et les trous noirs des paradis fiscaux, le dumping monétaire de la Chine, l’hégémonie du dollar, les grands déséquilibres entre des pays dits riches, mais avec de plus en plus de pauvres, qui vivent à crédit et de l’autre des pays pauvres pillés de leurs ressources (l’Afrique) et des pays émergents (Chine, Inde, Brésil) à forte croissance qui « aspirent » nos emplois grâce à leurs faibles coûts salariaux et financent nos dettes publiques.

C’est l’objet de ce livre, qui est percutant, pédagogique et de prime abord convaincant. Le diagnostic est éclairant. Il est vrai que les vertus du libre-échange ont été idéalisées au point d’en faire un dogme absolu, alors que nous constatons maintenant que des postulats qui fondaient la théorie étaient faux : notamment sur la libre concurrence supposée non faussée, sur « le prix de marché » réputé équilibrant, sur la non prise en compte des coûts d’externalité dans les échanges (destruction sociale et environnementale, impliquant des coûts cachés) … L’ouverture à la mondialisation a engendré des délocalisations qui furent une cause des destructions de nos emplois.

Cependant, je vois quelques points à critiquer dans ce livre :

1- Critique sur le diagnostic :

Exagération de l’ampleur des destructions d’emplois dues aux échanges internationaux :

Page 31, le livre fait référence à un document officiel du ministère de l’Economie et des Finances, « La désindustrialisation en France » : « En trente ans, environ 2 millions d’emplois industriels ont été détruits en France (1 913 500 entre 1980 et 2007). Cela représente 71 000 emplois détruits en moyenne chaque année, et un total de 36% des effectifs industriels ». Mais lorsqu’on lit ce rapport de Bercy, il est précisé que sur ces chiffres, seuls 13% des destructions d’emplois sont expliqués par les échanges internationaux, selon une approche comptable fondée sur le contenu en emplois des échanges. Ce taux étant plus élevé sur la période plus récente 2000-2007 (28%). 25% des destructions d’emplois étant dus à des transferts de l’industrie vers les services par externalisation (donc pas une destruction d’emploi au total) et 29% dus à des gains de productivité (65% sur la période 2000-2007). Il faut donc être honnête sur les chiffres en présentant mieux la réalité.
Il faut aussi considérer que la mondialisation a eu des effets positifs sur l’échange des savoirs, la communication, nos exportations, ainsi qu’une baisse importante de prix sur des biens à la consommation (textiles, jouets, électronique,…) avec un effet favorable sur le pouvoir d’achat des consommateurs français, qu’il faudrait chiffrer. Ces avantages ne sont pas évoqués, pas plus que les inconvénients de mesures de rétorsion brutales sur nos exportations qui résulteraient de la part de pays comme la Chine de décisions françaises ou européennes d’interdiction ou de forte taxation aux frontières de leurs produits, même justifiées par des normes sociales et environnementales, surtout si ces normes ne sont pas mondiales …

Occultation des points positifs de la mondialisation pour les pays pauvres et émergents :

Le livre pointe le maintien des bas salaires et d’une faible protection sociale dans ces pays malgré leur croissance forte qui en réalité bénéficie plutôt aux détenteurs des capitaux, aux actionnaires des sociétés exportatrices installées dans ces pays qui sont soit des riches privilégiés soit l’Etat (pour la Chine), qui se sert de l’excédent commercial pour acheter la dette publique américaine ou européenne ou prendre des participations stratégiques dans nos pays (ports grecs, entreprises européennes) pour accroître son pouvoir politique sur nos pays dans un rapport de force. C’est vrai mais il faut aussi reconnaître une indéniable montée du niveau de vie moyen dans ces pays émergents, dont la Chine, la constitution d’une classe moyenne visant à atteindre un niveau de vie comparable aux classes moyennes occidentales. Arnaud Montebourg conteste les chiffres annoncés par le gouvernement chinois de la population sortie de la pauvreté (400 millions sur 1,4 milliards) car le chiffre est obtenu en prenant un seuil de pauvreté de 0,4 dollar par jour. Regardons mieux les chiffres : en Chine, d’après cet article, on définit la classe moyenne par l’ensemble des personnes dont les revenus sont compris entre 25.000 et 100.000 yuans par an [soit respectivement 2.500€ et 10.000€]. De 2005 à 2010, son effectif a progressé de 46%. Elle représentera 57% de la population chinoise en 2010, contre 39% en 2005, et près de 75% de la totalité du pouvoir d’achat disponible de la Chine. Le salaire minimum chinois est entre 1 100 et 1 200 yuans par mois selon les provinces, ce qui donne environ 133 euros par mois (1 €=9 yuans). Arnaud Montebourg reprend page 40 le chiffre de 80 millions de Chinois gagnant aujourd’hui plus de 20 000 dollars par an, soit 5% de la population. En termes de niveau de vie dans une grande ville comme Pékin ou Shanghai, 20 000 dollars par an correspond à 120 000 yuans/an, soit 10 000 par mois, alors qu’il faut 3000/mois (dont 1000 pour le loyer d’un studio) soit 333 €/mois pour l’équivalent en niveau de vie à notre Smic à 1000 € net. Ce chiffre correspond donc à un niveau assez élevé pour un chinois (3 fois le niveau de vie d’un Smic en France).

Dénonciation du succès de l’Allemagne, agissant en prédateur comme la Chine pour ses voisins européens, et du «modèle allemand» en réalité égoïste:

Pour répondre à ceux qui rétorquent que l’Allemagne, avec la même monnaie l’euro et avec un modèle social comparable à la France, n’a pas détruit ses emplois industriels et en a au contraire créé dans la mondialisation, Arnaud Montebourg explique que l’Allemagne a su être compétitive au détriment de ses voisins grâce à un écrasement des salaires, qui ont stagné depuis 12 ans alors qu’ils augmentaient en France. Mais un rapport publié par la Commission des comptes de la Sécurité sociale, datant de juin 2010,dont j’ai parlé dans un précédent article sur le mythe allemand, explique que malgré cette compression des salaires allemands, le coût du travail est aujourd’hui en moyenne un peu plus élevé en Allemagne qu’en France (alors que la France est plus productive). Même si par ailleurs il faut signaler l’absence de salaire minimum légal en Allemagne, permettant d’employer des salariés à moins de 6 € de l’heure (contre 7 € net chez nous, 9 € en brut), ayant conduit à une augmentation du nombre de travailleurs pauvres en Allemagne, comme en témoigne cet article : « Selon l’institut du travail de l’université de Duisbourg-Essen, plus de 6,5 millions de personnes en Allemagne, soit près de 20 % des travailleurs, toucheraient moins de 10 euros brut de l’heure. Le chiffre est surtout inquiétant concernant les très petits salaires : 2 millions d’employés gagnent moins de 6 euros de l’heure ».
Ce n’est pas un différentiel de coût du travail qui explique le succès allemand, pas plus qu’un comportement allemand « prédateur » et « égoïste » à l’égard de ses voisins qui explique son succès commercial à l’exportation, mais un positionnement sur des produits de qualité, à haute valeur ajoutée, que ce soit dans l’automobile ou dans le secteur de la machine outil pour l’industrie manufacturière, fournisseur non seulement de l’Europe (62% de ses exportations) mais aussi de la Chine, des pays émergents, grâce à leur croissance forte sur les secteurs de production utilisant ces machines.

Enfin, le ton accusateur du réquisitoire, qui frise le populisme démagogique :

Ce diagnostic cible le libre-échange qualifié d’ennemi, alors que ce sont les dérives d’un libre-échange insuffisamment régulé qu’il faudrait plutôt condamner. Ce réquisitoire prend aussi un ton accusatoire, dénonçant une caste de nantis disposant du pouvoir au travers des puissances financières et des banques, qui auraient volontairement entretenu ce système, imposant un dogme à l’OMC comme à la Commission européenne, pour s’enrichir sur le dos des classes moyennes et défavorisées. On est proche de la théorie du complot … Or, même si ce système capitaliste dans la mondialisation fonctionne sur l’appât du gain plutôt que sur une volonté entrepreneuriale de développement au bénéfice de l’homme, même s’il profite aux riches détenteurs de capitaux, il faut être conscient que les puissances financières sont majoritairement (nous chercherons à en évaluer la proportion dans un prochain article) des fonds de pension ou d’investissement qui investissent pour placer des liquidités des retraites par capitalisation et les économies des épargnants, défendant les intérêts financiers des … classes moyennes occidentales.

2- Originalité des recommandations ?

Curieusement, alors que le positionnement de Arnaud Montebourg est qualifié très « à gauche », proche de Jean-Luc Mélenchon, ce qui sans doute tient au ton réquisitoire accusateur du diagnostic et à l’emploi du mot « protectionnisme » renforcé par la médiatisation de l’expression « démondialisation », les propositions en fin de livre sont très classiques et la plupart reprennent des point déjà recommandés par François Bayrou et le Mouvement démocrate dans son projet humaniste (livre orange) et dans le projet du MoDem pour l’Europe de 2009 notamment pour régulariser la mondialisation :

- Concernant les point 1 et 2 « faire intégrer dans les traités de libre-échange de l’OMC de nouvelles conditions non marchandes, afin que la compétition ne se fasse pas au détriment du travail et de l’environnement » :

MODEM (p.47) => intégrer les objectifs environnementaux et sociaux dans les échanges internationaux, à travers une réforme de l’OMC ; dans le programme européen du Modem => Réformer en profondeur les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour intégrer davantage les exigences sociales et environnementales. Les produits qui entrent en Europe devront progressivement être soumis aux mêmes normes que ceux que nous fabriquons chez nous.

- Sur le point 3 « créer une agence française sanitaire, sociale et environnementale chargée de calculer le coût écologique et social des produits étrangers selon des critères transparents » :
Le MODEM propose au niveau de l’Europe (p. 47) => introduire une norme comptable fondée sur la responsabilité sociale et environnementale pour les grandes entreprises et réalisée par des agences indépendantes ;

- Point 4 « instaurer une taxe carbone aux frontières de l’UE » et 6 (taxe appliquée aussi au sein de l’Europe) :
Le MODEM le proposait déjà dans son programme pour l’Europe en 2009 :
- Instaurer une taxe carbone européenne qui pénalisera les énergies fossiles les plus polluantes.
- Taxer les pollueurs pour qu’ils soient incités à modifier leur comportement. une fiscalité environnementale :
Dans son projet humaniste (p.16) => La fiscalité doit désormais être adaptée à l’impératif environnemental. Elle doit être liée directement aux comportements des entreprises et des particuliers. Pour les entreprises, des tranches d’impôt sur les sociétés pourraient être établies en fonction de leur performance environnementale. Pour les particuliers, la TVA pourrait être modulée en fonction de la performance environnementale des produits de consommation achetés ;
et p.19 : une fiscalité réorientée pour susciter chez chaque acteur des comportements plus éco-responsables

- Point 11 « Permettre aux consommateurs d’accéder à l’information du contenu social et environnemental des produits qui leur sont proposés, par l’institutionnalisation des labels,… » :
Le MODEM, p.17-18 : encourager la consommation de produits à plus-value sociale et environnementale en clarifiant les labels et en communiquant l’empreinte sociale et environnementale des produits et services ;

- Point 13 « Politiser le droit européen à la concurrence pour constituer des champions industriels ayant la taille critique sur le marché mondial » :
Programme européen du MoDem => Instaurer une politique industrielle européenne grâce à la mise en place d’un fonds stratégique l’investissement au sein de la Banque européenne d’investissement (BEI). Il financera des projets stratégiques, les nouvelles technologies de l’environnement et les PME innovantes
Projet humaniste, p.47 => soutenir les rapprochements entre entreprises pour susciter des « champions européens ». Un Fonds stratégique européen pourrait élargir les compétences actuelles du Fonds Européen d’Investissement. Il investirait dans les grandes entreprises stratégiques, les PME innovantes, les projets d’infrastructures de niveau européen ;

- Point 14 « Mettre la convergence sociale et fiscale à l’agenda immédiat de l’Union européenne » :
Programme européen du MoDem => Mettre en place un plan de convergence sociale afin d’harmoniser progressivement nos niveaux de protection sociale en Europe.
Comme je le disais dans un article « TVA sociale : pour ou contre ? », il faut entrer dans une logique de concurrence loyale et solidaire proposant une taxe sociale et environnementale solidaire aux frontières de l’Europe. Marielle de Sarnez, députée européenne et vice-présidente du Mouvement Démocrate, a défendu ces positions lors de plusieurs interventions au Parlement européen, notamment celle-ci le 8 octobre dernier à propos de la Chine.

- Même si malheureusement ne figure pas dans les propositions à la fin du livre la recommandation déjà faite par Arnaud Montebourg de séparer les banques de dépôt des banques d’affaire (pour que les banques ne mettent pas en danger les activités bancaires classiques en spéculant sur les marchés), comme le stipulait le Glass Steagall Act aux Etats-Unis avant son abolition en 1999, François Bayrou a été le premier à la proposer dès l’éclatement de la crise financière fin 2008. Arnaud Montebourg avait aussi parlé de « mettre les banques sous tutelle » (ce que ne recommande pas le MoDem), en prônant un pôle bancaire public, que l’on ne trouve pas dans ces 17 propositions.

Lacunes dans les recommandations :

Comparé à ces recommandations, même s’il n’emploie ni le mot « démondialisation » (terme utilisé dans un but médiatique comme une « marque déposée ») ni le mot « protectionnisme » (qui signifie des barrières aux frontières sur des critères que l’on ne s’impose pas à soi-même), le Mouvement Démocrate va plus loin en vue de réguler la mondialisation.

Il insiste beaucoup sur l’importance d’une gouvernance mondiale sur la concurrence déloyale monétaire, permettant à certains pays comme la Chine de pratiquer un dumping par sous-évaluation de sa monnaie.

La protection de nos emplois et de nos ressources fiscales passe également par l’interdiction des paradis fiscaux ou Etats dits « non coopératifs », au niveau de l’Europe comme au niveau mondial. Dans le programme européen du MoDem figurait « Prendre les décisions nécessaires, avec un calendrier contraignant, pour bannir la pratique des paradis fiscaux. »

Crise grecque : Bayrou dans Le Monde

15:30 dans Non classé par Modérateur

Ainsi, François Bayrou est questionné (avec Copé, Mélenchon, Hollande, Le Pen et Montebourg) sur la crise de la Grèce.

Position claire, simple, bien résumée dans l’article, dans laquelle on devine aisément les nombreux débats de la Commission Économie, très active sur les sujets monétaires.

L’économiste hétérodoxe que je suis reste certes perplexe, mais la position du MoDem reste la plus équilibrée et solide, si on prend par référence les modèles théoriques les plus largement acceptés. Personnellement, j’ai écrit au sujet de la crise dite financière de 2007 dans le cadre de mes travaux de recherche universitaire et, déjà début 2009, je signalais qu’on se gourait lourdement en pointant la « moralisation » nécessaire du capitalisme. De mon point de vue, je devrais dire du point de vue de mon modèle économique, ce type de crise est intrinsèque aux économies de l’opulence, pour parler à la Galbraith (The Affluent Society, 1958) et se configure comme une crise des libertés, au sens d’un I.Berlin (Two Concepts of Liberty, 1958) et d’un A.Sen (Repenser l’inégalité, 2000).

Le mesures prônées par le MoDem sont plus que raisonnables. Elles sont nécessaires. Toutefois, elles risquent de faire figure de palliatif, puisqu’elles s’attaquent aux symptômes, si les causes de la maladie ne sont pas soignées.

De ce point de vue, je pense que le Gouvernement grecque, et en réalité tout État d’Europe, devrait être fortement épaulé par les instances supranationales dans la lutte contre la corruption et l’évasion fiscale. On a là deux éléments non financiers qui vont faire entrave aux capacités de remboursement de la dette de la part de la Grèce, tout comme cela est le cas en d’autres pays.

Par ailleurs, l’expérience nous apprend que la lutte contre la corruption est un des meilleurs moyens pour permettre à l’économie de croître de manière saine. Toutefois, pour cela il est nécessaire que les entreprises puisse avoir, elles, un accès équitable aux financements. Dans la situation grecque, ces financements devraient être très clairement favoriser les PME/PMI, car c’est dans ces structures où les revenus de l’activité tendent à être plus largement réparties, le(s) patron(s) étant eux mêmes souvent engagés opérationnellement dans les structures. De même, ces structures ont souvent des besoins suffisamment limités, ce qui permet de mieux repartir le risque des investissements.

Enfin, les interventions structurelles sur la machine publique devraient pointer plus la recherche d’efficacité (mieux de public) plutôt que de simple coupe budgétaire (moins de public), car un secteur public fiable et efficace est un élément nécessaire pour retrouver un climat social tolérable et remettre le pays sur les rails.

 

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Photo : Soazig de la Moissonière

Echec scolaire des enfants d’immigrés : Bayrou a raison contre Guéant

17:05 dans Non classé par Marie-Anne Kraft

Le président du MoDem, François Bayrou, a tout de suite réagi dans un entretien au Parisien en qualifiant de « grossièrement faux » les chiffres avancés par Claude Guéant sur l’échec scolaire des enfants d’immigrés, reprochant au ministre de l’Intérieur d’ »allumer une polémique nouvelle chaque jour » et ajoutant : « on sait bien qu’il y a davantage d’échec scolaire parmi les plus pauvres, ce n’est pas une raison pour mettre les plus pauvres en accusation! »

Lundi, Claude Guéant réplique à François Bayrou, en affirmant que ses chiffres sont exacts :

« Les chiffres que je cite sont rigou­reu­se­ment exacts, même s’ils ne sont pas plai­sants à entendre », débute-t-il dans cette lettre dont l’AFP a eu copie. Il cite « Le rapport de l’Insee sur les immigrés en France (édition 2005) « selon lequel » les enfants de familles immi­grées sortent presque deux fois plus sou­vent du sys­tème éduca­tif sans qualification ».

« Cela revient stric­te­ment à ce que j’ai dit, à savoir que parmi les enfants qui sor­taient sans qua­li­fi­ca­tion de l’appareil sco­laire, les deux tiers étaient des enfants de familles immi­grées », pour­suit Claude Guéant.

Or justement, cela ne revient pas du tout à ce que Claude Guéant a dit. Ce dernier commet une grossière erreur de raisonnement (à moins que ce soit un sophisme volontaire) facilement démontrable (niveau primaire). Démonstration :

- La prétendue conclusion de l’Insee signifie que proportionnellement, le nombre d’enfants d’immigrés sans qualification (EISQ) sur le nombre total d’enfants d’immigrés (EI) est deux fois plus élevé que le nombre d’enfants non immigrés sans qualification (ENISQ) sur le nombre total d’enfants non immigrés (ENI) :

EISQ/EI = 2 x ENISQ/ENI

- Claude Guéant en conclut que « parmi les enfants sans qualification (ESQ), les deux tiers étaient des enfants de familles immigrées », donc les enfants d’immigrés sans qualification (EISQ) sont deux fois plus nombreux que les enfants de non immigrés sans qualification (ENISQ) :

EISQ = 2x ENISQ

La conclusion de Claude Guéant ne vérifierait l’équation prétendue vraie de l’Insee que dans le cas ou EI = ENI (nombre d’enfants d’immigrés = nombre d’enfants de non immigrés), ce qui est complètement faux !

On peut même démontrer, connaissant la proportion d’immigrés sur la population totale (7,4% d’après l’étude Insee à laquelle Claude Guéant fait référence), que EISQ=0,16x ENISQ, soit moins de 10 fois moins !

Si on considère en effet que la proportion d’enfants d’immigrés sur la population d’enfants totale est la même, 7,4% (elle est sans doute plus élevée, mais si elle l’est deux fois plus, cela doublera notre facteur au total, soit 0,3 environ, encore nettement inférieur au chiffre annoncé par Claude Guéant) :

EI = 7,4% x (EI+ENI) donc ENI = EI (1-7,4%)/7,4% donc ENI= 12,5135 EI

Si nous remplaçons ENI dans l’équation supposée vraie de l’Insee :

EISQ/EI = 2 x ENISQ/ (12,5135xEI) donc EISQ = 2 x ENISQ/12,5135 = 0,16 ENISQ

Mais ce n’est pas tout ! Claude Guéant semble prêter abusivement à l’Insee une conclusion que je n’ai pas trouvée dans le rapport.

J’ai bien relu le rapport de l’Insee et n’ai pas trouvé ce prétendu ratio deux fois plus élevé chez les enfants d’immigrés sans qualification comparé aux enfants de non immigrés sans qualification. Le rapport fait état dans le tableau de ce document source p.12 d’un taux d’enfants sortis de formation initiale (sans qualification) de 12% parmi les enfants d’immigrés et de 9% parmi les enfants de non immigrés. Le rapport entre les deux n’est donc même pas de 1 à 2.

Il est mentionné dans le rapport de l’Insee que « Les enfants d’immigrés sont souvent en difficulté scolaire, mais pas plus que les autres enfants ayant les mêmes caractéristiques sociales. »

« Les plus grandes difficultés scolaires que rencontrent les enfants d’immigrés ne sont pas indépendantes de leur environnement familial et social. Ainsi, les trois quarts d’entre eux appartiennent à une famille dont la personne de référence est ouvrière, employée de services ou inactive contre un tiers pour les jeunes non issus de parents d’immigrés ».

L’Insee précise même que « À situation sociale et familiale comparable, les enfants d’immigrés ont des chances au moins égales à celles des autres élèves de préparer un baccalauréat général »

François Bayrou a donc parfaitement raison : «c’est l’origine sociale, le niveau de pauvreté, qui détermine une influence sur l’échec scolaire et non l’origine «immigration». Il a également raison de dire que les chiffres annoncés par Claude Guéant sont faux.

 

François Bayrou au centre du débat sur Europe1

15:57 dans Sélection de la semaine par Marie-Anne Kraft

François Bayrou était l’invité de Jean-Pierre Elkkabach au  Grand Rendez-vous d’Europe 1 et du Parisien dimanche 8 mai 2011. Voici ses principales interventions, reclassées dans un ordre d’importance, différent de celui de l’interview :


Interrogé sur ses mesures fortes pour la France :
1- Produire en France. Dans un contexte où la France s’appauvrit de 5 milliards d’euros par mois, il est impossible de soutenir le modèle social français. Il faut reconquérir les domaines perdus. Si nous n’enrichissons pas le pays, nous ne créons pas d’emplois et tout le reste en dépend (chômage, retraites, intégration, banlieues, protection sociale,…). Il n’est pas vrai que la production ne dépende que du coût du travail et il y a des moyens de s’en sortir, notamment par l’automatisation de la production.
2- Rendre à la France la meilleure éducation du monde. Depuis le temps où j’ai été ministre de l’Education Nationale, nous avons perdu 14 places dans le classement international. Il est possible selon moi d’atteindre cet objectif en 5 ans.
3- Assurer une vie civique respectable et honorable, arrêter l’arbitraire. La fonction présidentielle ne doit pas être partisane, les responsables politiques doivent donner l’exemple et défendre des valeurs.

Réaction de François Bayrou à la mort de Ben Laden :
« 
Obama a pris la bonne décision. Il a été de manière générale à la hauteur de sa fonction. Il a donné des Etats-Unis la meilleure image depuis longtemps. La première personne qui m’a parlé de BEn Laden fut Massoud en 2001, quand il est venu au Parlement européen pour nous alerter sur ce personnage, milliardaire financé par le trafic de drogue. C’était tellement incroyable qu’on n’y a pas vraiment prêté attention. Il avait raison. Le 9 septembre 2001, il était assassiné et deux jour après avait lieu l’attentat du 11 septembre. Ces deux événements étaient liés. Concernant les révoltes arabes, remarquez qu’on s’attendait à une reprise en main des fondamentalistes et en fait il n’en est rien, les peuples veulent avant tout la liberté et la démocratie et combattre la dictature et la corruption. »

Interrogé sur « l’Europe » :
« Cela fait des années que l’Europe est absente et illisible, car on lui a donné des institutions incompréhensibles, qu’elle est trop éloignée des citoyens. Les choses sont devenues trop complexes, sans communication ».
 » Il est honteux de laisser l’Italie en 1ère ligne face aux migrants. Elle aurait dû conduire un plan d’aide aux pays d’origine et un plan d’accueil humanitaire ». »Les déficits sont une menace qui fragilise tous les pays européens. La seule solution est d’exercer la solidarité. Chaque pays est une digue pour les autres ».

Son avis sur « le Centre »,  sur la volonté de JL Borloo de rassembler  les « centristes » :
« Le vrai centre n’est ni la gauche ni la droite. Arrêtons de vouloir à tout prix le classer d’un côté ou de l’autre. C’est comme si vous disiez sur le drapeau français bleu-blanc-rouge : le blanc est-il plus bleu ou plus rouge ?
Quand Hervé Morin dit « Nous voulons bâtir une 2ème droite », il a tout dit.  Borloo et Morin veulent défier l’UMP à l’intérieur de la majorité. Après avoir adulé Nicolas Sarkozy, avoir fait de la lèche pour garder ou obtenir des postes lorsque ce dernier avait la cote, ils se mettent à le rejeter, le critiquer, le mépriser quand il baisse dans les sondages et que les Français ce rendent compte de la réalité. Ce n’est PAS DU TOUT LE CENTRE ! « 

A propos de la montée de l’extrême droite en France :
« La progression de l’extrême droite et des extrémismes en général est l’expression d’un symptôme et non une volonté de la société française. C’est là qu’on voit que ça va mal, que la population exprime son désarroi. Si leurs idées l’emportaient, si on sortait de l’euro, on irait au désastre et à la misère. »

Sur la polémique des  quotas pour la sélection des joueurs dans le football et la mise en cause de Laurent Blanc :
 » Je ne crois pas que Laurent Blanc soit raciste d’ailleurs dans les conveersations reportées il n’en est pas fait mention, il ne prononce pas le mot « quota ». C’est un homme bien, équilibré, mesuré. Cette affaire intervient à la veille d’élections, il peut y avoir des enjeux, de la manipulation, je ne sais pas ». »En tout cas cette affaire est révélatrice. Je suis opposé aux quotas, à tout ce qui stigmatise la couleur de peau, l’origine. L’extrémisme surfe sur cette vague. Les responsables doivent donner l’exemple, que ce soit les politiques, l’école. Même si je suis pour la séparation des pouvoirs, que le politique ne se mêle pas de la gestion de la FFF, sur ce sujet le ministère de tutelle doit rappeler à l’ordre ».

Au sujet de la polémique sur la voiture de luxe utilisée par DSK :
« La campagne électorale fait feu de tout bois et notamment le moins honorable. Le niveau du débat n’est pas à l’honneur de ce que devrait être ce grand rendez-vous national. Cependant, il faut prendre très au sérieux l’impression qu’ont les citoyens qu’il y a une paroi de verre entre d’un côté les dirigeants, les élites, qui ont des privilèges,et de l’autre le peuple. Le président de la république n’est pas un citoyen « normal » car il doit avoir une vision à long terme et porter de grandes responsabilités, mais il doit néanmoins rester enraciné dans la vie des gens.  »