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par sillon35

Quid des commerçants ?

16:48 dans Non classé par sillon35

Aujourd’hui lorsqu’une personne souhaite s’installer, il existe différentes formes de structure juridique. En effet, vous avez un éventail de choix de l’entreprise Individuelle à la SA en passant par différentes possibilité en fonction du capital, du nombre d’associés,etc… avec en prime un petite nouvelle : l’EIRL alias entreprise individuelle à responsabilité limitée.

Je connais mal le statut de cette dernière mais je trouve son nom mal approprié car entrepreneur à responsabilité limitée c’est plutôt contradictoire. J’aurais préféré un statut du type EIPP (entreprise Individuelle à patrimoine protégé).

Mais au-delà de ce petit problème, les petits commerçants sont malheureusement bien souvent lourdement assujettis et mal protégés. Pour bien me faire comprendre, je vais prendre mon cas non pour me plaindre, mais parce que je le pense très représentatif.

Je suis buraliste et diffuseur de presse. Comme buraliste mon statut juridique est librement imposé par l’état : Entrepreneur Individuel (à pleine responsabilité). Les murs, que je loue et dont le bail m’impose le paiement du foncier, sont lourdement taxés sous le seul prétexte qu’il s’agit d’un commerce. Mon bénéfice brut est amputé de plus de 55% par le RSI. Comme buraliste, je subis de plein fouet la politique inflationniste de l’état. Politique qui rend ma situation personnelle dangereuse et soumise aux possibles amendes et poursuites judiciaires en cas de vente aux mineurs.

Je vais stopper le tableau noir ici, car je pourrais l’alimenter encore an y ajoutant la presse, ALTADIS, FDJ, la municipalité, les syndicat professionnels, etc… Je ne demande pas de régime particulier, bien au contraire. Je souhaiterais que la situation des commerçants soient incluses dans les débats politiques pour les prochaines campagnes. Les commerçants restent aujourd’hui une grosse source d’emploi potentiels.

Pour compléter mon cas, j’ai une salariée qui travaille 18h par semaine (au smic) lorsque j’en fais plus de 80h par semaine pour un revenu mensuel de 1200 euros. J’aimerais pouvoir embaucher plus, mais comment ?

Il faut aussi protéger les entrepreneurs en leur donnant les mêmes droits qu’un particulier. Exemple : possibilité de rétractation sur une semaine. Cela donnerait un grand coup de frein aux arnaques. Les commerces font vivre les communes, il faut les soutenir pas par subvention, mais par augmentation des marges sur les prix imposés, limitation des charges (notamment le RSI) et équité des citoyens face aux prélèvements.

La valeur du temps politique

14:21 dans Non classé par Patrick Beauvillard

Depuis l’an dernier, je participe en la fin du mois d’août, à l’université Hommes-Entreprises organisée par le CECA. C’est un lieu d’humanisme, dont la vocation est de redonner sa place à l’homme dans l’entreprise. La période, en fin de congés et quelques jours avant la reprise, est propice à la prise de recul. L’esprit est encore libre et prend plus de hauteur que dans les périodes d’activité frénétique.

Cette année, le thème des 2 jours était « la valeur du temps ». Ce qui m’amène dans cette chronique à m’interroger sur la valeur du temps politique.

Le premier intervenant, Jean-Louis Servan-Schreiber, attirait notre attention sur le fait que ce n’est pas le temps qui accélère ! Il reste toujours lui-même, immuable, et très démocratique puisqu’il est le même pour tous. En revanche ce qui diffère, c’est l’usage que nous faisons du temps. Et là, deux points essentiels apparaissent.

Le temps de la réflexion s’est atrophié

A vouloir tout mettre dans son emploi du temps, « le présent devient tellement bourré que l’on ne peut se souvenir du passé, ni penser à l’avenir ». Et donc, toujours selon Servan-Screiber, on ne réfléchit plus. On agit… Ou plutôt, on réagit. Mais quelle action sensée peut-on mettre en place sans une réflexion approfondie préalable ? L’exemple de notre endettement est tout à fait révélateur. Il est le résultat de suites de réactions immédiates, prises sans considération des conséquences à long terme, et pour répondre à des besoins immédiats. Et le plan de désendettement présenté ces jours-ci est un autre exemple de réactions prises à la hâte, tellement rapidement et sans anticipation que dès la première journée de débat à l’Assemblée Nationale, deux des trois premières mesures examinées seront supprimées ! A faire trop vite, on risque fort d’avoir à défaire.

Isabelle Sorente, écrivaine et mathématicienne prêchait pour que nous sachions « redevenir des hommes et des femmes d’actions philosophes ». Et elle ajoutait « action et philosophie vont de pair. C’est un défi d’une extrême grandeur d’allier les deux. »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le monde politique, et plus encore sous le présent quinquennat, à vouloir aller trop vite, semble avoir oublié de réfléchir. Dans mon métier de chef de projet, j’ai l’habitude de ralentir le rythme des projets lors de leur démarrage : il faut savoir prendre du temps, aller lentement, pour aller vite ensuite.

Le court-termisme accroit l’impatience

Le deuxième point concerne le courtermisme. En accroissant le rythme de toute chose, on accroit l’impatience. Et l’impatience a des conséquences tout à fait dramatique. Par exemple, les chercheurs ont observé ces dernières années aux USA, une perte de 30% de l’aptitude à lire et à écrire chez les jeunes, conséquence de leur impatience.

Et le monde politique n’est pas en reste bien sûr. Chaque élu ayant sa réélection en ligne de mire, il lui est indispensable de faire des choses qui se voient vite. Et les choses qui ne se voient pas, ou qui sont de longue haleine, n’auront pas la priorité qu’elles méritent pourtant. Ce problème est inhérent à la démocratie. Mais il explique les graves situations de nos sociétés, incapables d’anticiper les tendances lourdes : retraite, vieillissement, épuisement des ressources naturelles…

Équilibrer les « trois temps »

Matthieu Ricard, moine bouddhiste, interprète du Dalaï Lama, a bien résumé les enjeux en rappelant qu’il y a trois temps, et que chacun a ses indicateurs propres.

Le court terme, malheureusement largement dominant, est mesuré par des indicateurs tels que le profit trimestriels des sociétés cotées, ou la cote de popularité des hommes politiques, mesurée tous les mois. Les indicateurs d’ailleurs entraînent des réactions immédiates pour espérer les infléchir. Le court terme engendre le court terme.

Le moyen terme, avec son indicateur que Matthieu Ricard nous propose : le bonheur ! Peut-être ne le savez-vous pas, mais il existe un pays, le Bhoutan, qui en 1972 a créé un nouvel indicateur pour mesurer l’évolution du niveau de vie de son pays. Plutôt que de parler de PNB (Produit National Brut), il a instauré le BNB, le Bonheur National Brut. Il permet de mesurer à la fois la croissance et le développement économiques, la conservation et la promotion de la culture, la sauvegarde de l’environnement et l’utilisation durable des ressources, et la bonne gouvernance responsable. Ce minuscule pays d’Asie nous montre qu’il est possible de viser plus loin.

Enfin le long terme, mesuré par l’évolution des grands équilibres de notre planète et des ressources naturelles.

Le temps du politique devrait être équilibré entre ces trois temps, court, moyen et long terme.

Quelques pistes pour améliorer le temps politique

J’aime terminer mes billets avec des propositions, concrètes si possible, histoire de montrer que réflexion et action peuvent être conciliées ! Quelles peuvent être les pistes pour améliorer le temps politique ?

Il y a d’abord les fausses bonnes idées…

J’étais de ceux qui étaient pour le passage du septennat en quinquennat. Aujourd’hui, je pense que c’était une erreur, que nous avons cédé à l’impatience. On le voit bien lors de cette séquence sur le désendettement. Dans l’année qui précède les présidentielles, les vrais sujets ne sont plus traités. Les réformes structurelles nécessaires (voir mon précédent article sur l’indispensable révolution fiscale) mise en attente. Au lieu de cela, le plan proposé est un plan de rustine. Raccourcir le mandat présidentiel aura je crois aggravé le déséquilibre entre court terme et moyen terme.

Alors quelles sont les bonnes idées. J’en citerai 3 :

Stopper le cumul des mandats.

Nous avons vu plus haut comment remplir le présent empêchait de se pencher sur l’avenir. Les élus qui cumulent 2 ou 3 mandats importants, plus toutes les représentations qui en découlent, ne peuvent pas, j’en ai l’intime conviction, concilier action et réflexion. Ils travaillent dans l’urgence, de manière réactive. Ils n’anticipent plus. La seule manière que je connaissance pour remédier à cela est d’alléger leur emploi du temps ! Et de n’exercer qu’un seul (voire 2 dans certains) mandat.

Limiter le renouvellement des mandats

Limiter le renouvellement des mandats est également un moyen pour alléger la pression du court terme, et rééquilibrer les trois temps du politique. Certains entrepreneurs ont décidé de quitter la bourse, pour échapper à l’emprise du court terme, et ne pas être pénalisé lorsqu’il mène une politique de long terme. Les mandats en moyenne sont de 5 ou 6 ans. Les limiter à 1 renouvellement permettrait de redonner un peu d’air à notre démocratie, de la faire mieux respirer, et je crois, d’amener les élus à réfléchir à plus long terme.

Instaurer un système d’évaluation des politiques publiques

Comme tout projet, une politique doit être évaluable. On a vu le Président de la République, surtout au début de son mandat, s’inspirer très largement des méthodes d’évaluation utilisées dans le privé pour créer des indicateurs de son action. L’idée était bonne, mais cela a conduit à des erreurs car cela a été particulièrement mal fait. On a vu apparaître la « politique du chiffre », où l’objectif n’est plus de remplir sa mission, mais d’obtenir le bon indicateur.

Un système d’évaluation bien pensé permet de distinguer les objectifs à atteindre, les finalités recherchées et les moyens à mettre en œuvre. Il permet de trouver des indicateurs qui permettent d’évaluer que les moyens sont correctement utilisés, que les objectifs sont atteints, et qu’ils permettent effectivement d’obtenir les résultats escomptés. Ces indicateurs ne sont pas les mêmes dans le temps, ils évoluent. On ne regarde pas le même indicateur à court, moyen ou long terme.

Le jour où ces pratiques d’évaluation des projets seront employées avec rigueur et dans la concertation pour mesurer l’action du politique, alors il n’aura plus l’œil rivé sur sa côte de popularité en temps réel, et pourra se concentrer pleinement à son mandat.

 

Retrouvez directement l’article sur son blog-notes: http://www.beauvillard.net.

Quelques pistes pour l’éducation

14:27 dans Non classé par Modérateur

1. Il y a des campagnes de santé publique, comme par exemple « Manger Bouger », avec ses fameux bandeaux en bas des publicités : « Bouger 30 minutes par jour, c’est facile ». Et dans le bus, les autocollants nous apprennent la « Bus Attitude ». Je n’ai jamais vu de telle campagne sur les devoirs parentaux en matière d’éducation. Les parents ont le devoir de laisser à leurs enfants un temps et un espace pour effectuer leurs devoirs. Les parents doivent vérifier que les devoirs de leurs enfants ont été faits. Imaginez l’effet d’une campagne qui, juste avant le film du soir ou pendant les dessins animés de l’après-midi, demanderait aux téléspectateurs si les devoirs scolaires ont bien été faits. Imaginez une campagne qui, le soir en semaine à la télévision, rappellerait aux parents les besoins en sommeil des enfants. Je crois en l’efficacité d’une telle campagne. Je crois également à la possibilité de sa mise en œuvre, les fabricants de cigarettes ayant bien cédé.

2. On pourrait également créer une campagne de bonne utilisation de la télévision. Les parents seraient invités à choisir, de préférence, pour leurs enfants un programme éducatif ; et les téléspectateurs à ne pas abuser de la télévision. Il serait également possible en début de programme d’afficher brièvement sa nature : divertissement, programme éducatif, film etc. Il faut armer et guider le regard du téléspectateur.

3. France 5 est la seule chaîne française en partie axée sur l’éducation. France 5 diffuse aussi des émissions culturelles à ne pas prendre pour des programmes éducatifs. Certains de ses programmes, comme les magazines politiques, ne sont pas destinés aux enfants. En Corée, le groupe de télévision et radio consacré à l’éducation, l’EBS (Educational Broadcasting System), offre 4 chaînes éducatives, sans compter ses radios, bien qu’il me semble que certaines chaînes soient satellitaires. Bien sûr je ne connais pas vraiment le groupe EBS mais je ne peux pas m’empêcher de penser que 2 ou 3 chaînes entièrement consacrées à l’éducation ont un plus grand potentiel éducatif qu’une seule chaîne seulement en partie consacrée à l’éducation. Est-on sûr qu’il y a en France suffisamment de programmes éducatifs, et notamment de programmes éducatifs pour enfants ? Et quid de la formation tout au long de la vie ? Chaque fois qu’un enfant allume la télévision, il devrait avoir la possibilité de regarder un programme éducatif. Il y a des émissions culturelles qui invitent écrivains et philosophes mais il faudrait aussi des émissions où les philosophes fassent cours ! Il faut amener les téléspectateurs au niveau des programmes culturels. Il faudrait mettre en place une émission qui décortiquerait des textes littéraires, parce que tout le monde n’a pas ou n’a pas eu la chance d’avoir un bon professeur de français.

4. Les enfants de certains milieux ont plus accès que d’autres à certains matériels parascolaires. Je pense par exemple à certaines revues de mathématiques destinées à un public jeune, comme Diagonales. Plus de chaînes éducatives c’est aussi la possibilité de démocratiser ces matériels. Internet peut également être un important outil de démocratisation. Tant de programmes éducatifs seraient à inventer : jeux mathématiques, émissions permettant de vérifier en famille certains acquis etc.

5. Si je ne m’abuse, l’une des chaînes et l’une des radios d’EBS sont consacrées à l’apprentissage de langues étrangères. On pourrait imaginer une telle chaîne en France, avec également des programmes pour apprendre le français.

6. Une chaîne de l’apprentissage de la lecture serait à inventer. Les présentateurs pourraient notamment y lire pour les enfants des livres, des histoires, parce que les parents n’ont pas toujours le temps de le faire eux-mêmes. Les pages s’afficheraient à l’écran. L’écoute d’une histoire est une activité très différente du visionnage d’un dessin animé. Il y a davantage de mots et on y voit davantage leur pouvoir.

7. J’ai le sentiment, sans y voir du mal, que la plupart des programmes éducatifs français cherchent avant tout à ouvrir l’esprit. Corrigez-moi si je me trompe. Je pense par exemple aux documentaires sur les tremblements de terre, la sécurité routière ou la vie des animaux.

Pourquoi les programmes éducatifs français n’auraient-ils pas également l’ambition de présenter de façon progressive et profonde une matière fondamentale et exigente, comme les mathématiques, le français ou la physique ? Ces programmes seraient différenciés selon qu’ils s’adressent à un public d’enfants ou d’adultes. Les téléspectateurs auraient la possibilité de réviser ou de revoir un sujet, présenté de manière différente, parfois des années après ; de renouer avec une matière abandonnée depuis la fin de leurs études ; et enfin de découvrir dans certains cas une nouvelle matière.

Je remarque qu’en France il n’y a pas de programmes télévisés suivant de près ou de loin les programmes scolaires. A l’inverse il me semble qu’en Corée, l’une des chaînes d’EBS prépare à l’examen consacrant la fin de l’enseignement secondaire.

8. Jusqu’à présent, en ce début de campagne, je n’ai entendu personne parler de l’enseignement des mathématiques. Je souhaite simplement signaler que les « manuels de Singapoure » ont été traduits en français et que Laurent Lafforgue en dit le plus grand bien dans la préface qu’il a lui-même écrite. Ces manuels sont d’ailleurs testés en Israël. Le MoDem est-il en contact avec des mathématiciens comme Laurent Lafforgue ou Jean-Pierre Demailly ? Quelle est la position du MoDem sur les expériences éducatives ?

9. L’idée défendue entre autres par Philippe Meirieu de passer des films en version originale sous-titrée, afin de mettre en contact le téléspectateur avec une langue étrangère ainsi qu’avec la langue française écrite, me paraît intéressante.

Je rajoute une remarque, qui est qu’il serait possible de diffuser certains programmes en français, comme les dessins animés, avec leurs sous-titres en français, qui existent bien souvent déjà. Cela permettrait de mettre plus souvent en contact le téléspectateur avec le français écrit. Cette mesure intéresserait sans doute aussi les malentendants.

N.B. : l’autre jour, j’étais assis sur une banquette d’un wagon de métro. Quelqu’un avait ses pieds sur une banquette avoisinante, non sur le bord mais en plein dessus. Je lui ai demandé de les retirer. S’en est suivi de sa part une défense douteuse (« le métro, c’est une merde ») et j’ai failli me prendre un coup de pied. Il y aurait eu une étiquette priant les voyageurs de ne pas mettre leurs pieds sur les sièges, il aurait été plus facile pour moi de défendre mon point de vue. Cette anecdote est à mon sens en faveur de campagnes comme la « Bus Attitude ». Que la RATP rajoute une étiquette concernant les pieds sur les sièges !

 

Retrouvez l’article de Victor Tatort directement sur son blog en cliquant ici.

Le monde rural ne fait pas de bruit… Et pourtant

16:02 dans Non classé par Modérateur

Le monde rural ne fait pas de bruit. Il encaisse, fait front devant la conjugaison des défis structurels et les mauvaises surprises conjoncturelles. C’est d’autant plus vrai lors de ces derniers mois qui furent remarquablement laborieux notamment pour les agriculteurs dont il faudrait plus saluer le courage. Yo-yo sur les prix céréaliers, effondrement des prix du lait, manque de chance sur la pluviométrie, autant dire que le rapport du 27 juin dernier, alarmant sur le caractère totalement disproportionné des marges réalisées par une poignée de grands distributeurs, participe tristement à l’agacement bien légitime de l’ensemble du secteur.

Avec 2014-2020 comme nouvel horizon, et ceci 40 ans après le début de la grande aventure européenne que constitue la Politique Agricole Commune, la France, dans le sillon de l’Europe, a rendez vous avec ses agriculteurs. Les décisions doivent être actées fin 2011, début 2012, c’est-à-dire maintenant.

Gardons à l’esprit qu’elles seront décisives. L’agriculture, telle une centrifugeuse, fixe en effet l’ensemble de l’activité, des services publics que sont l’école ou encore la poste en passant par l’artisanat et le commerce de ces zones.

Or, il ne sert à rien de se voiler la face sur l’état de santé du secteur agricole, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Près de 40 %  des agriculteurs français vivent avec un revenu inférieur au SMIC, dont plus d’un quart subsiste au-dessous du seuil de pauvreté. Rien de surprenant donc à observer l’hémorragie continue du nombre d’exploitations sur notre territoire (Leur nombre diminue de 3% annuellement depuis plus de 10 ans.)

Et pourtant l’agriculture aujourd’hui, exactement comme hier, est un pilier pour l’avenir. Il ne s’agit pas de vendre des rêves chimériques ou des lendemains qui chantent, l’enjeu est de concrétiser le changement dans des actes et la prise en compte d’une réelle réorientation des moyens vers plus de justice, d’équité et surtout de bon sens.

Oui, l’exportation notamment vers nos partenaires européens, c’est possible, mais la grande priorité, l’objectif substantiel, c’est toujours l’autosuffisance alimentaire de nos territoires.

A la dernière session parlementaire de juillet, le Parlement européen a su donner le ton. L’élargissement de l’Europe, les tensions budgétaires et les difficultés persistantes d’un nombre considérable d’agriculteurs à sortir la tête de l’eau, exigent de la justice, de l’équité entre les pays, entre les filières et entre les modes de production.

Deuxième chantier, la fin du laxisme, de la passivité et de la non-assistance aux agriculteurs sur les marchés financiers internationaux. Spéculer sur des titres boursiers, c’est souvent cynique, spéculer sur les prix alimentaires c’est carrément criminel (voir les émeutes de la faim). En Europe, cela doit s’accompagner d’un changement radical sur la vision et le rôle de l’agriculture dans le commerce international. La négociation en cours avec le Mercosur est un test qui nous engage à une extrême vigilance. La réciprocité ce n’est pas qu’un mot et le modèle agricole européen n’est pas qu’une formule. Il s’agit de passer de la parole aux actes et ne pas laisser les agriculteurs européens être les seuls à respecter des normes dont on exempte avec bienveillance les fermes multinationales d’autres pays.

Troisième piste. Quelques semaines après la fausse-vraie mise au pilori du concombre espagnol, les graves implications dues aux graines germées égyptiennes font figure de piqûres de rappel sur la nécessité de développer une agriculture de qualité. Face aux OGM, farines animales, et hormones, l’Europe peut faire au contraire le choix d’une agriculture diversifiée de proximité et des indications géographiques. Au passage, la France accuse toujours un retard considérable sur le pourcentage de surface BIO qui peine à atteindre chez nous les 2% contre plus de 10% en Autriche ou en Italie.

Il en est de même pour les énergies renouvelables qui restent en dépit des annonces le parent pauvre de notre politique. Localement, la méthanisation, les énergies éoliennes, les huiles végétales, la biomasse… peuvent constituer un apport non négligeable de revenus. Encore faut t-il s’en donner les moyens et se lancer courageusement vers un mix énergétique.

Tout ça ramassé, c’est le niveau d’emploi qui doit être l’alpha et l’oméga de nos efforts. Alors que les agriculteurs  représentent encore 3% de la population active en France, l’agriculture dans cette décennie qui s’ouvre est une source indispensable d’emploi et une précieuse garantie de l’aménagement de notre territoire. Les semaines et les mois qui viennent doivent nous conduire à des initiatives fortes et à la mesure des enjeux.   Le chapitre agricole ne peut se satisfaire d’un simple passage de courtoisie annuel au salon de l’agriculture. Ruraux et agriculteurs ne sont pas dupes.  Lançons enfin le débat !

 

Retrouvez cet article directement sur le blog de Jean Luc Bennahmias en cliquant ici